18 juillet 2008

Rabindranath Tagore "L'offrande lyrique"


"Toute ma vie, toujours j’essaierai de garder mon corps pur, sachant que sur chacun de mes membres repose ton vivant toucher.
Toujours j’essaierai de garder de toute fausseté mes pensées, sachant que tu es cette vérité qui éveille la lumière de la raison dans mon esprit.
Toujours j’essaierai d’écarter toute méchanceté de mon cœur et de maintenir en fleur mon amour, sachant que tu as ta demeure dans le secret autel de mon cœur. Et ce sera mon effort de te révéler dans mes actes, sachant que c’est ton pouvoir qui me donne force pour agir."

"Je te demande en grâce, permets qu’un instant je me repose à tes côtés. Les œuvres que j’ai entreprises, je les finirai par la suite.
Privé de la vue de ta face, mon cœur ne connaît ni repos, ni répit, et mon labeur n’est plus qu’une peine infinie dans un illimité désert de peine.
Aujourd’hui l’été est venu à ma fenêtre avec ses murmures et ses soupirs et les abeilles empressées font la cour au bosquet fleuri.


Voici l’heure de la quiétude et de chanter, face à face avec toi, la consécration de ma vie, dans le silence de ce surabondant loisir."

"Je ne sais plus de quels temps lointains, à ma rencontre tu vins si proche. Mais le soleil et les étoiles, jamais, ne pourront te tenir caché de moi pour toujours.
Maint soir et maint matin le bruit de tes pas s’est fait entendre ; ton messager est venu dans mon cœur et m’a secrètement appelé.
Je ne sais pourquoi ma vie est aujourd’hui éperdue, alors qu’une frémissante joie circule au travers de mon cœur. C’est comme si le temps était venu pour moi d’en finir avec mon travail, et je sens faiblement dans l’air un vestige odorant de ton exquise présence."

"Je tiens ses mains ; je la presse sur mon cœur ; j’essaye d’emplir mes bras de sa beauté ; de butiner son doux sourire sous mes baisers ; de boire avidement son regard sombre.
Hélas ! Où est tout cela ? Qui peut violenter l’azur du ciel ?
Je veux étreindre la beauté ; elle m’échappe ; mon corps seul reste dans mes mains.
Déçu et fatigué, je reprends ma route.
Comment le corps toucherait-il la fleur, que seul l’esprit peut toucher ?"

"O femme tu n’es pas seulement le chef-d’œuvre de Dieu, tu es aussi celui des hommes : ceux-ci te parent de la beauté de leurs cœurs.
Les poètes tissent tes voilent avec les fils d’or de leur fantaisie ; les peintres immortalisent la forme de ton corps.
La mer donne ses perles, les mines leur or, les jardins d’été leurs fleurs pour t’embellir et te rendre plus précieuse.
Le désir de l’homme couvre de gloire ta jeunesse.
Tu es mi-femme et mi-rêve."

"J’attends seulement l’amour pour renoncer à moi-même entre ses mains. C’est pourquoi il est si tard, c’est pourquoi je me suis rendu coupable de telles omissions.
Ils viennent avec leurs lois et leurs codes pour m’attacher ; mais moi je leur échappe toujours, car j’attends seulement l’amour pour renoncer à moi-même entre ses mains.
Les autres me blâment et m’appellent négligent ; je ne doute pas qu’ils aient raison dans leurs blâmes. Le jour du marché est passé et tout le travail des affaires est terminé ; ceux qui me réclamèrent en vain s’en sont retournés en colère. J’attends seulement l’amour pour renoncer enfin à moi-même entre ses mains."

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