19 juillet 2008

F.AYATTE "La rencontre du Roi" (extrait)



Viens ! Je vais habiter aux confins de l’aurore où j’ai demandé asile au seigneur de la compassion. Mes yeux ne l’ont jamais vu mais mon âme le connait bien. Il a l’humilité pour parure, mais il siège sur un trône de feu. Longtemps déjà, bien avant ta naissance, j’ai entendu sa voix reposante et sûre qui me recherchait dans la nuit. Lorsque ses pieds foulaient les eaux tumultueuses et que son armée gardait les contours du ciel. Lorsque je n’étais encore, qu’une promesse de vie, un article porté aux chroniques du temps, il avait compté le nombre de mes jours.

A ses côtés brille ma nuit comme le plus lumineux des jours. Mes larmes sont des perles, qui se répandent comme les semences sur une terre fertile, qu’arrose la pluie fine d’un doux été.

Viens avec moi comme une jeune pousse accrochée à l’espérance, toi mon fils, mon unique.

Toi mon trésor, mon amour dont les yeux sont le miroir de l’eau limpide qui porte l’image glissante de mon amour perdue. Vingt fois j’ai tendu la main pour caresser son visage et je n’ai fait que heurter les cailloux usés du lit froid et insaisissable sur lequel je m’étais penché.

Repose toi et regarde comme il est tard. Je n’ai pas la force de marcher et c’est un étranger qui me soutient pour t’apaiser. J’ai des haillons pour vêtements et il dresse pour nous un festin. Je n’ai pas le cœur à la fête et les étoiles lui obéissent. Elles dansent avec la lune sous la voûte noire du ciel. Et je souris à sa tendresse. Interroge-le donc ! Qui es tu, toi qui nous assiste quand mes amis m’abandonnent ? Je n’ai ni fortune ni gloire et j’avance inconnu de tous. Quand les bandits m’environnent tu les mets tous en déroute. Tu veilles lorsque je m’endors. Qui dois-je lui dire que tu es ?

Me voilà dans les jardins du ciel où je sommeille sous le grand mahogani qui donne son ombre sans mesure. Flotte mon âme dans l’éther. Envole toi à l’infini, libérée de la pesanteur et de la douleur de l’éveil. Dilue toi dans l’inconscience et les songes. Admire les colibris opalescents flottant dans l’air et buvant aux pédoncules des hibiscus. Repose toi sur les champs d’houlques et de cannas près du corps satiné de mon amour évanescente. Couvre-la de doux baisers. Goûte aux cascades de son miel d’or coulant, de ses seins dressés au soleil de midi, jusqu’au rives des océans. Grave sur mon corps le souvenir de ses caresses, avant qu’elle ne s’évanouisse au jour. Et lentement, sur les vagues qui reviennent, conduit moi au triste navire où m’accompagne cet équipage d’enfants qui dansent et qui chantent sous le grand jardin azuré.

Me voilà de retour, et mes forces me reviennent lentement mon enfant. J’ai perdu l’incarnation de la poésie, mais j’ai rêvé de sa beauté ! L’étranger nous a quitté lorsque je me suis endormi. Mais regarde comme il fait beau désormais. Tu peux sécher tes larmes. Il a vu mon désespoir quand mon cœur a chancelé et il a souffert avec moi quand il l’a vu s’effondrer. Pour me protéger du froid, il m’a donné sa tunique et pour assécher mes larmes il m’a serré dans ses bras. As-tu questionné l’étranger, celui qui gardait le silence et qui nous accompagnait ? Celui qui avait sur nous un regard si bienveillant. As-tu découvert le mystère de celui qui nous souriait ? As-tu entendu son souffle ? L’as-tu remercié de la main, d’un doux regard ou d’un sourire, lorsqu’il s’est éloigné de nous, le roi du ciel et des étoiles ?

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