23 août 2010

La conversion chrétienne


Tu trouveras Elisabeth, la réponse à l’une de tes questions que je mets ici pour donner à d’autres, s’ils y trouvent un quelconque intérêt, mon avis sur ce qu’il faut entendre par la conversion dans l’échange entre Jésus et Pierre dans l’évangile de Luc.


Il y a eu tellement d’écrits, de prédications, et je dois ajouter d’erreurs grossières sur ce qu’il faut entendre par cette expression telle que le Christ l’utilise à de nombreuses reprises, qu’il est devenu extrêmement difficile, pour celui qui cherche, de trouver la voie d'excellence qu’exprime cette idée. Car la très grande majorité, de ceux qui en ont parlé ou qui en parlent, a bloqué la réflexion par l’assimilation erronée de nouvelle naissance et conversion.


Mais au bout de la réflexion lorsqu’elle est bien faite, se trouve une clef qui ouvre la voie encore plus étroite vers un mystère auquel n’accèdent que ceux à qui cela est donné de comprendre les choses difficiles. Je veux parler de ceux qui, depuis le prophète Jean-Baptiste, loin de se contenter des idées reçues, se font violence et font violence aux traditions et aux dogmes, pour s’emparer du Royaume des cieux avec intelligence.


Car en fin de compte la conversion dont parle Jésus à Pierre (Luc 22.32) n’a pas plus à voir avec le changement de religion, qu’avec la nouvelle naissance dont il parle à Nicodème, et encore moins avec le fait de croire que Christ est le fils de Dieu.


Tout d’abord, constatons qu’il ne suffit pas de croire pour être converti ou naître de nouveau car «les démons croient aussi et ils tremblent» dit le Christ.


Ensuite que lorsque Jésus dit à Pierre « … toi, quand tu seras converti, affermis tes frères ». (Luc 22.32), il y a belle lurette que ce dernier croit que le Christ est le fils de Dieu. Belle lurette qu’il est passé du judaïsme à la chrétienté, même si les disciples ne portent pas encore le nom de chrétiens à cette époque, et belle lurette encore qu’il est né de nouveau pour avoir subi le baptême de Jean comme tous les disciples. Ce baptême symbolique de la mort du corps ancien et de la résurrection par le pouvoir de la foi en l’eau de vie purificatrice, représente le sacrifice à venir. Mais son efficacité n’est pas moins déjà totale par la vertu de la foi qui est la démonstration des choses invisibles. Invisibles certainement, mais réelles absolument ! Depuis le baptême de Jean la nouvelle naissance est totale et parfaitement efficace nonobstant les esprits chagrins qui voudraient enfermer Dieu dans leur propre pensée. Oui ! Depuis Jean le Baptiste le royaume des cieux est forcé et ce sont les violents qui s'en emparent, dit Jésus. Et ce n'est pas pour rien que le Christ se fait baptiser par Jean dans le jourdain. Celui qui croira et qui se fera baptiser sera sauvé (Marc 16.16). C'est ça, et rien que ça, la nouvelle naissance ! Pierre croyait bien sûr : "Seigneur à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle", et il était évidemment baptisé comme Jésus et tous les disciples de celui-ci au moment où Jésus lui dit "Quand tu seras converti...". Et celui qui parle sait ce qu'il dit !

Pour ce qui est de la notion de royaume forcé, c'est une autre histoire accessible à ceux qui ne sont plus au lait.


Une erreur répandue consiste à assimiler le retour vers Dieu par Jésus-Christ traduit correctement en anglais (Turn to God ou turn to the Lord - Actes 26.20 ; Actes 9.35), à la conversion demandée à Pierre par Jésus mieux traduit encore par l’anglais (Turn again).


On pressent déjà, par l’observation visuelle de la traduction anglaise, l’énorme contresens qui peut être engendré par une assimilation rapide de ces deux notions de retournement. Car s’il s’agit bien de se retourner dans les deux cas, l’état dans lequel se trouve le sujet n’est pas du tout le même dans chacun d’eux, l’objectif n’est pas le même, et les relations du sujet retourné avec Dieu et les hommes ne sont pas les mêmes et cela change tout. Pierre n’est pas à contre sens de n’être pas encore retourné, car sa foi est encore faible. Jésus lui donne l’objectif à atteindre lorsqu’il sera enfin retourné (turn again) sans qu’il s’agisse d’un reproche : «…affermis tes frères».


L’erreur des traducteurs en français a été d’associer le mot conversion à la préposition « à » plutôt qu’à la préposition « vers ». Ils ont ainsi souvent répété l’erreur d’écrire « converti à » au lieu de « converti vers » qui est la bonne écriture.


Je vais te montrer qu’il ne s’agit en effet pas de savoir si Pierre est converti à Dieu ou pas (ce qui n’a aucun sens), mais dans quel sens (justement) il est tourné. La réponse à cette question est capitale pour le chrétien. Plus importante encore que la réponse à la question de la nouvelle naissance pour le non chrétien, car la seconde, paradoxalement, dépend en grande partie de la première.


Comme égoïstes sont nos amours autocentrés et exclusifs ! Comme miséricordieux est l’amour de Dieu tourné vers l’homme et universel !


L’amour que nous accordons, même s’il est sincère, nécessite que nous restions en vie au moins jusqu’à la mort de l’être aimé, après quoi nous pourrons mourir. C’est l’instinct de conservation qui nous donne un amour possessif et donc relatif. La merveilleuse histoire de Roméo et Juliette montre toute la vanité de cet amour. On ne se donne pas la mort pour sauver celui qu’on aime, mais parce qu’on croit qu’il est déjà mort. Personne ne cherche à donner par sa mort un sens à la vie d’un juste, mais le Christ par sa mort va donner un sens à la vie de tous les injustes.


"Seigneur, lui dit Pierre, je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort." (Luc 22.33)


Pierre croit aimer Jésus à la mesure de ce dernier. Tourner vers le sujet de son adoration il est encore vivant de lui-même incapable de partager la compassion du Christ pour les autres. C’est un amour sans partage, un amour égoïste qui nécessite de rester en vie tant que vit l’être aimé. Et c’est ainsi Jésus le sait. Alors lui dit-il "Pierre, … le coq ne chantera pas aujourd'hui que tu n'aies nié trois fois de me connaître." (Luc 22. 34). Quel amour est plus humain ?


Et pourtant c’est à une violente action d’élévation de la nature même de son amour que le Christ appelle Pierre.


C’est la même demande qui lui est adressée quelques temps plus tard par Jésus ressuscité dans l'évangile de Jean. Elle doit être comprise dans le sens : "...quand tu seras retourné pais mes brebis !". Je souligne au passage que la mort du Christ ne change rien à l'efficacité du baptême de Jean-Baptiste. Celle-ci est totale avant comme après la mort du Christ. Manifestement ce n'est pas de nouvelle naissance dont il s'agit ici.


"Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu (agapas) plus que ne m'aiment ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime (philo). Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu (agapas) ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime (philo). Jésus lui dit : Pais mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu (phileis) ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : M'aimes-tu (phileis) ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime (philo). Jésus lui dit : Pais mes brebis." (Jean. 21.15-17).


"Pais mes brebis" et "affermis tes frères" sont une seule et même demande qui signifie : Retourne-toi ! (Turn again).


Peu importe ce que tu crois être la mesure de ton amour pour le Christ : Agapao (amour parfait), ou phileo (affection) il n’a de sens que retourné !


Ainsi le premier retournement de l’homme se fait du monde vers Dieu (turn to God). Nous qui étions tous égarés et perdus dans le monde chacun suivant sa propre voie. Nous décidons de revenir vers Dieu, c’est la nouvelle naissance.


Le deuxième mouvement se produit lorsque nous entrons dans la compréhension de l’amour de Dieu, non en tenant compte de l’intensité que nous ressentons de cet amour (agapao ou phileo), mais lorsque nous en comprenons la nature et l’objet. Cette nature et cet objet sont contenus dans cette phrase : "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique afin que quiconque croit ne périsse pas mais qu'il ait la vie éternelle" Jean 3.16


Se convertir c’est se retourner une deuxième fois. C’est accepter que "nous sommes déjà mort et que notre vie est cachée avec Christ en Dieu" et il n’y a plus rien à sauvegarder et notre objectif est l'objectif de Dieu, c'est-à-dire le monde.


Nous n’avons donc rien à espérer de l’amour que nous n’ayons déjà reçu par la foi. Cet amour n’est pas en vis-à-vis de Dieu. Un amour vers lequel nous nous tournons et qui n’existe que parce que nous vivons. Cet amour nous habite pleinement ("notre corps est le temple de Dieu", "l’Esprit de Dieu habite en vous", "je leur ai donné ton amour") et nous en comprenons le sujet devenu notre sujet : le prochain ! Tu aimeras ton prochain comme toi-même !


"Pais mes brebis", "affermis tes frères", "aime ton prochain comme toi-même" : une seule et même pensée. On voit ainsi que la loi et les prophètes contiennent dès les origines ce qui devait en être l’accomplissement.

Etre converti c'est donc acquérir cette certitude de la plénitude de Dieu en nous, et devenus les messagers de Dieu, dans et pour le monde, nous retourner vers lui (le monde) afin d'être disponible pour transmettre l'amour qu'il (Dieu) a manifesté à travers son fils (le Christ) en nous.


Comme on le découvre enfin, l’éclaircissement de cette notion de conversion ouvre la voie d’un mystère qui est la définition de l’amour du Christ, laquelle passe elle-même par la compréhension de ce qu’il est. Le Christ en posait d’ailleurs la question à ses disciples pour en souligner l’importance : "Et vous qui dites-vous que je suis ? ". Pierre va répondre : "Tu es le Christ le fils de Dieu ! "


C'est ainsi, comme je le disais au début, que la compréhension de cette notion soulève immédiatement une interrogation sur l'identité de celui qu'il s'agit de représenter auprès des autres par le retournement une fois opéré. Je suis chargé de représenter qui ? Qui est-il ? La réponse de Pierre, si simple qu'elle paraisse, contient un énorme mystère auquel aucun n'accède tant qu'il en est encore au lait, c'est-à-dire justement au stade de la compréhension des conséquences de la nouvelle naissance !

Et s'il est vrai qu'à ce premier stade il y a tant à dire on peut toujours prévenir ceux qui y sont encore qu'ils auront prochainement à se retourner.

1 Comments:

At 10:52 AM, Anonymous Anonyme said...

Merci Jo pour ce message.

 

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